Près d’un demi-siècle après sa création, l’ISTI-IFASIC peut se prévaloir d’avoir quadrillé le champ de la communication, à travers les hommes et les femmes sortis de son giron et qui modèlent si merveilleusement le quatrième pouvoir. Au nombre de ces génies figure Nawej Karl, promo 2 de l’ISTI-IFASIC, qui a fait de la pratique de la communication un véritable sacerdoce, au point que la simple évocation de son nom suscite respect et admiration.

Connu particulièrement pour son ardeur au travail, son indépendance d’esprit, sa quête permanente de l’objectivité, sa sobriété et son sens élevé de l’humour, Nawej Karl est une personnalité attachante du fait de la justesse de son langage, de la beauté de sa plume et de ses allures de jeunesse éternelle et ruisselante.

Nawej Karl fit son entrée à l’Institut des Sciences et Techniques de l’Information, en 1974, soit une année seulement après l’ouverture de cette prestigieuse Ecole supérieure de journalisme. Là-dessus, la chronique istienne rapporte que le tout jeune étudiant fraîchement débarqué à Kinshasa, fut aussitôt adopté par ses aînés (les poils) qui habitaient au home de Dibaya (les dibayards). Et donc, lui qui vivait au home de Limete (Limetard) passait toutes ses soirées à Dibaya, parmi ses amis dibayards (Ekambo, Kalenda, Mbayi, Mpoy, Mulangu…).

Parlant encore de sa vie d’étudiant à l’ISTI-IFASIC, l’ancien élève du Collège des frères xavériens de Likasi égrène encore quelques souvenirs, évoquant notamment la joie que lui procuraient ses performances dans les cours de Secrétariat de rédaction et de Presse écrite que dispensaient respectivement messieurs Jallois, Nambriny et Dieudonné Kanyengele. Il se rappelle encore et toujours que sa promotion (la deuxième) produisait un journal école appelé « Aujourd’hui », publication dont il était le Rédacteur en chef.

En 1979, Nawej Karl obtint sa licence en Sciences et Techniques de l’information et fut aussitôt engagé à l’ISTI-IFASIC comme assistant pour le Secrétariat de rédaction et la Presse écrite. Ainsi commençait une carrière scientifique qui allait être jalonnée de bien de hauts faits d’armes et qui allait durer vingt-deux ans. En fait de hauts faits d’armes, il faut retenir que c’est le Chef de travaux Nawezi Karl qui, au retour d’un voyage effectué dans les universités américaines où l’on enseigne le journalisme et la communication, introduisit le volet Publication Assistée par Ordinateur « PAO » dans le cours de Secrétariat de rédaction. Là, c’est en 1986.

Nawej Karl, c’est encore ce journaliste infatigable qui savait trouver le temps pour exécuter sa charge d’enseignant et pratiquer en même temps son métier de journaliste. …Au nom de ces extra-muros, on a dû se taper des journées de vingt-deux heures…, confie-t-il sur une agréable pointe d’humour comme il sait si bien le faire.

Dans le cadre de sa passion pour le journalisme, Nawej Karl évoque le plaisir qu’il avait eu à animer la rédaction du journal La Semaine (composée à 90 % de produits de l’ISTI-IFASIC), le premier à avoir expérimenté la technique de la pagination modulaire. Cette passion l’a amené à apporter sa touche, comme journaliste et comme responsable, aux journaux Le Passeport Africain, Temps Nouveaux, La Nation en Chantier, La Libre Expression.

En 2002 cependant, estimant qu’il avait suffisamment donné à la jeunesse, Nawej Karl décida de ranger définitivement la craie. Il démissionna de son poste de Chef de Travaux à l’ISTI-IFASIC pour se consacrer totalement au travail humanitaire. C’était sans savoir que destin l’y attendait effectivement. Parmi les atouts à sa disposition, deux formations capitales, dont l’une dans le domaine du cycle des projets et, l’autre, sur le plaidoyer pour les projets de santé. Il faut ajouter aussi sa grande maîtrise de la Publication assistée par ordinateur, des techniques d’analyse de contenu et des enquêtes qualitatives.

A bien y regarder de près, le secteur des humanitaires ne lui était pas tellement inconnu. Tenez, en 1996 déjà, il fut recruté comme consultant par l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF-Belgique) en vue de coordonner un projet de prévention du VIH SIDA dans le milieu scolaire.

En 2000 encore, le même organisme le chargea de mettre en œuvre une politique de communication opérationnelle applicable au Congo. Tâche qu’il réalisa sans atermoiements funestes et ce, aidé par son riche carnet d’adresses (la fameuse toile d’araignée recommandée à tout journaliste en formation). Les résultats ne se firent pas attendre : meilleure gestion des relations externes de MSF, visibilité et notoriété tous azimuts de MSF en RDC à travers les journées portes ouvertes, les deux organes d’information initiés, Mibaete (pour le public interne) et Bonobo (pour le public externe). Notons que, quinze ans après, Mibaete continue à paraître et sert toujours de moyen de communication non plus seulement pour MSF-Belgique, mais pour toutes les cinq sections MSF représentées au Congo.

En 2002, Nawej Karl fut nommé Chef de Mission Adjoint, poste pourtant réservé aux expatriés à l’époque. Cependant, en plus de ses nouvelles prérogatives, il conserva la gestion de la communication opérationnelle.

A partir de 2006, il fut élevé au rang de Chef de Mission full au Burundi. Ainsi commença alors le sacerdoce qui le conduisit dans la plupart des zones instables d’Afrique comme le Liberia, le Sud Soudan, le Darfour, la Guinée, la Mauritanie, le Niger et Nord-Est du Nigéria où l’insurrection de Boko Haram semait déjà la désolation.

Et, comme chez les âmes bien nées la valeur n’a que faire du nombre d’années, la plume de Nawej Karl n’attendit pas l’ISTI-IFASIC pour commencer à se faire remarquer. Dès la cinquième année du secondaire, l’homme signa le premier article de sa vie à travers la Page des lecteurs du l’hebdomadaire Zaïre. C’était sur l’indépendance de l’Angola. Mais, bien avant cela, pendant son enfance, Karl avait la charge de lire les journaux pour son grand-père qui avait quelques soucis avec ses yeux. Comme quoi, « Attaché de presse » près son grand-père, sans le savoir… Qui dit mieux !