Loin d’être une mécanique huilée une bonne fois pour toutes, la formation aux métiers de la communication est un art à tout jamais remis à la forge, disait un communicologue de renom. Voilà pourquoi, outre les enseignements théoriques, l’IFASIC intègre une large dimension technique dans le curriculum des apprenants. Et, c’est cela qui fait sa force. Ceci explique la place réservée à la pratique professionnelle à travers les écoles spécialisées (Studio école, Journal école, laboratoire multimédia…), véritables centres d’incubation pour une formation de qualité.

Dans le cadre d’une publication antérieure, un ancien diplômé de notre Alma mater a fait une intéressante description des premiers instants de l’expérience du Journal école de l’ISTI-IFASIC. Il évoquait ainsi l’épopée du journal La Plume comme première expérience dans le genre classique.

Il a poursuivi son témoignage croustillant en évoquant un souvenir qui, chaque fois qu’on en parle, fait couler beaucoup de salive chez tous les chroniqueurs issus des entrailles de la grande Ecole de journalisme.

Notre interlocuteur a effleuré au passage la très passionnante histoire du journal satirique La Pègre, une véritable machine à satire animée par des rédacteurs exceptionnels pour la qualité de leurs plumes et qui entraînait, à chaque parution, un véritable bing bang dans la paisible cour de l’ISTI-IFASIC.

Initiée, autour des années 1980 par le très atypique Eteb Kikantin Lakor, La Pègre est ce journal satirique qui paraissait à l’improviste, avec un tirage record de trois exemplaires, circulait sous le manteau et tirait sur tout ce qui bougeait  à l’ISTI, du très emblématique Directeur général Malembe Tamandiak au dernier étudiant.

Fruit du génie créateur des étudiants de l’ISTI-IFASIC, la Pègre sera pratiquement le précurseur de la presse satirique congolaise. Le modèle finira par faire école car il sera relayé plus tard par le très célèbre journal Manager Grognon dont la quasi-totalité des rédacteurs étaient d’anciens pégristes.

Il faut dire que La Pègre était un véritable paradoxe. Tout le monde le recherchait, mais personne n’osait dire qu’il en faisait partie.

Voici que, plus de quarante ans après, on assiste à un coup de théâtre. Clément Mukengeshayi Tshiaba (Promo 6 de l’ISTI-IFASIC) ôte son masque et raconte ce qu’il sait de la Pègre.

L’homme rend hommage à tous ses compagnons de plume disparus. Il indique au passage que la Pègre avait pour bastion l’ancienne résidence universitaire dénommée « Home de Lemba », sise avenue Kama n°6, à Kinshasa, commune de Lemba, derrière la résidence du Professeur Lukoki Mavoka.

Les rédacteurs de La Pègre, indique-t-il, se recrutaient essentiellement parmi les résidents du Home de Lemba. A ce noyau, s’ajoutaient quelques pensionnaires de « Palestine » au Home Minor à Bandal ainsi que  quelques assistants en fonction, dont le très mémorable Kanyengele Dieka.

Atypique sur toute la ligne, le journal La Pègre était produit en trois exemplaires dont la destination était claire. Un exemplaire à glisser sous la porte du bureau du barbu (Le Directeur général Malembe), un exemplaire à jeter furtivement dans la cour de l’ISTI et un autre exemplaire qui circulait sous les manteaux.

Pendant que les gens s’arrachaient l’exemplaire jeté dans la cour, le numéro glissé sous la porte du Directeur général ne manquait pas de faire quelques dégâts. Il fallait se mettre à l’abri de la foudre, car il arrivait au Patriarche de menacer de mettre tous les pensionnaires hors du Home. Damien Baita en sait quelque chose.  

Clément Mukengeshayi est licencié en Sciences et Techniques  de l’Information, option Relations publiques, depuis 1983. Il est actuellement journaliste à l’agence CMCT, après avoir travaillé successivement comme responsable commercial à la Bralima (Kisangani et Isiro) à la BAT (Kisangani et Buta) et comme chargé de communication à Caritas Congo et responsable des relations avec les médias à la Croix-Rouge de la RDC et au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Une grande plume !